OPÉRA DE LYON MANON LESCAUT À VOIR !

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On attendait beaucoup d’ Emma Dante, figure majeure du théâtre italien récompensé par un lion d’or pour ses débuts à l’Opéra de Lyon. Hélas sa lecture de Manon Lescaut s’avère aussi brillante que vide enfermant l’héroïne de Puccini dans un décor passéiste et une direction d’acteurs survoltée, mais vraiment dénuée  de nuances.

Le décor pendant tout le spectacle,  une façade d’immeuble sur trois niveaux avec balcons  et  escaliers  trône sur scène de l’acte 1 à l’acte 3 sans jamais bouger. Au bout du deuxième acte on a envie de voir le bout de l’horizon mais on ne le verra pas. Il faut t’attendre le dernier acte,  le désert américain pour que ce décor soit enfin évacué laissant place à une sobriété bien plus parlante,  mais gâchée par l’arrivée kitsch d’un grand lit blanc descendant des cintres.

C’est une mise en scène particulière,  Emma Dante déploie  »  sa fameuse surchauffe  gestuelle « . Les corps s’agitent en permanence, la  soldatesque caricature la masculinité toxique en visant les jupons à 360 degrés et les figurants sont dans un état d’hystérie permanente. Ce qui devait dénoncer l’enfer de la prostitution noie  tout simplement les personnages, dans ce  désordre organisé, résultats on ne s’attache jamais vraiment à Manon et Des Grieux, relégués au simple rang de chanteur au milieu de cette foire. On a l’impression d’une mise en scène de Jean-Paul Goude le fameux metteur en scène publicitaire des grandes manifestations du bicentenaire de 1989. Certains personnages ressemblent même trait pour trait  à la campagne de pub de Kodak qui est resté dans les mémoires.

Résultat on est scotché sur son siège à l’Opéra.

Dans la fosse Sesto Quadrini dirige un orchestre de l’Opéra de Lyon flamboyant magnifiant l’intermezzo du 3e acte avec une puissance rare.

La distribution était elle aussi de très haut vol. La soprano Chiara Isotton en Manon impressionne par sa puissance et ses aigus. En face Riccardo Massi incarne un Des Grieux  au timbre idéalement enflammé littéralement galvanisant. Enfin le baryton Jérôme Boutillier confirme qu’il est  un des plus solides de sa génération en Lescaut tandis que le cœur est une fois de plus impeccable.

Le bonheur a été complet pour ce spectacle car en plus de la mise en scène nous avons eu la joie de nous trouver à côté de l’historien de la musique et  musicologue intraitable,  Patrick Favre Tissot Bonvoisin : grande culture, élégance,  et un œil précis sur tout ce qui se passe dans le monde de la musique.

Daniel Dubois